jeudi, novembre 06, 2008

Le sens des mots

On pourrait se croire un Vendredi mais le paragraphe lu dans "Voyage au bout de la nuit" ce matin m'a plongé dans une profonde réflexion sur la signification de la vie :

" Autant pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous, Ils essayent de se débarrasser de leur peine, sur l'autre, au moment de l'Amour mais alors ça marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine et ils recommencent, ils essayent encore une fois de la placer.
.../...
Et puis se vanter entre-temps qu'on y est arrivé à s'en débarrasser de sa peine, mais tout le monde sait bien n'est-ce pas que c'est pas vrai du tout et qu'on l'a bel et bien gardée entièrement pour soi. Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par en avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face. C'est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu'il met tout une vie à se confectionner, et encore qu'il arrive même pas à toujours à la terminer tellement qu'elle est lourde et compliquée la grimace qu'il faudrait faire pour exprimer toute sa vrai âme sans rien en perdre."


Et aussi un extrait poignant de Francis Ponge ( que j'avais très apprécié au Lycée avec "Le parti pris des choses") trouvé sur le site de BartlleBooth :

« …je gagne ma vie paisiblement, sans peine, en faisant un travail régulier et facile pour lequel je ne risque pas du tout d’être ennuyé gravement.
Tout a été soigneusement nettoyé et mis en place lorsque j’arrive ; quand je ferme la porte et m’en vais, saluer mes chefs, aucun souci ne sort avec moi. Ainsi je gagne ma vie qui s’écoule avec assez de lenteur et d’aisance, et que je goutte beaucoup, à sa valeur. »

« Cependant le soir, libre de mon temps, je prends conscience d’être un homme pensant : je lis et je réfléchis, réservant une demi-heure à cet effet avant de dormir.

Dans ce moment, une amertume coutumière m’envahit et je me prends à songer que je suis vraiment un être humain supérieur à sa fonction sociale. Ma je dis alors une sorte de prière où je remercie la Providence de m’avoir fait petit et irresponsable dan un si mauvais ordre des choses.

Si la colère m’anime je me calme aussitôt, songeant à cette fortune d’être placé, par mes intérêts comme par mes sentiments, dans la classe qui possède la servitude et l’innocence.

Esclave je me sens plus libre qu’un maître chargé de soins et de mauvaise conscience.

Je rêve quelque fois au monde meilleur que mon enthousiasme refroidi me représente plus rarement depuis quelques années. Mais bientôt je sens que je vais dormir.

Et je tourne encore mon esprit vers mon enfant qui me lie à l’ordre social et dont l’existence aggrave ma condition de serf. Je pense aussi à cette femme…Alors ma respiration devient tout à fait régulière car la tranquillité m’apparaît comme le seul bien souhaitable, dans un monde trop méchant encore pour être capable de se libérer, d’après ce que disent les journaux. »


3 commentaires:

Louise a dit…

tu tiens vraiment à ce que tes lecteurs se suicident !!!!!
tu aurais du mettre en fond sonneur la chanson de Reggiani : "la femme qui est dans mon lit, n'a plus vingt ans depuis longtemps ....", le tableau aurait été complet.

Molécule a dit…

Excellentes citations. Ce Ponge décrit tout à fait la mon quotidien. Et comme je vieillis, bien malgré moi, les propos de Céline me frappent en plein front. Aie!

Et pas merci de les partager... parfois l'ignorance est plus saine que l'abus de connaisances. :-o

ficelle a dit…

oui, des phrases comme ça, on aimerait parfois les avoir écrites… J'avais pas lu avant de faire un petit lien sur le Voyage moi aussi. Nos grands esprits se sont rencontrés ;-)